
Lorenzo
Animateur radio pendant une quinzaine d'années,
Lorenzo a tourné la page sans pour autant quitter le micro. Il s'est
spécialisé dans la voix-off, sa passion de toujours. Depuis
2002, Lorenzo est à la tête du centre Coaching voix-off. Pour
Coulissesmédias, il nous livre ses impressions sur l'avenir de la
radio.
- Coulissesmédias : Comment imagines-tu le
développement de la radio avec l'arrivée du numérique ?
Je
pense que les radios associatives et les radios locales qui n'appartiennent
pas à de grands groupes vont souffrir parce que le numérique
va écraser tout le monde dans les années qui viennent. Le
numérique sera peut-être une alternative entre les webradios
et le hertzien. Il y aura peut être plus de liberté. Il y
aura plus de segmentations. Je pense que l'on va arriver un peu comme
aux Etats-Unis avec des radios ciblées, avec des niches comme le
fait la télé avec certaines chaînes thématiques
(«Histoire », « Jeunes » etc...).
- Coulissesmédias : Est-ce que les radios
musicales doivent être inquiètes ?
- Il faut déjà se demander pourquoi on écoute
la radio ? La radio est encore écoutée par 83% des
individus. C'est énorme ! Les gens ont toujours écouté
la radio, ils l'écoutent toujours et ils l'écouteront toujours...
La raison, c'est parce que la radio constitue une ambiance, une famille
pour l'auditeur. L'auditeur a ses repères avec la radio qu'il écoute
et il s'identifie. Les animateurs de flux musical seront toujours moins
starifiés que les animateurs de shows mais il y a toujours cette
identification au star-système de la radio. Et, elle existera toujours.
- Coulissesmédias : Qui aimes tu écouter
actuellement à la radio ?
J'écoute
RMC. Je n'écoute plus aucune radio musicale. J'écoute RMC
parce que je trouve que les gens qui font cette radio sont des vrais passionnés.
Ils parlent de sport comme on en parle avec des potes. Je ne suis plus
du tout formaté à écouter la radio comme un mec de
radio. Je suis presque comme un auditeur. D'une façon générale,
quand j'écoute la radio, je n'écoute que les animateurs.
Pire, quand j'écoute une radio, j'écoute les écrans-pubs
pour savoir ce qui se fait en pub. Je suis déformé (rires).
- Coulissesmédias : Et quand tu écoutes
les animateurs, justement, comment juges-tu l'évolution ?
- Ça n'évolue pas. Les animateurs sont très
formatés. La preuve : au niveau des shows, ce sont toujours
les vieux de la vieille qui sont là : Cauet, Nagui et Manu
Lévy, le 6-9. Il n'y a personne de la nouvelle génération.
Personne n'est capable parce que je pense qu'il y a plein de gens qui
n'ont pas les «coucougnettes». Et il faut en avoir pour
faire un morning-show ! Parce qu'une fois que l'on fait un morning-show,
on ne peut plus rien faire d'autre. Quelqu'un qui se fait virer du morning
et qui n'est pas une star ne fait plus rien par la suite ! C'est
pour cette raison que beaucoup d'animateurs du morning ont créé
leur boîte de production ou font autre chose.
- Il y a aussi quelque chose d'assez étonnant :
aux Etats-Unis, tous les grands animateurs de morning de radios jeunes
ont 40/50 ans. En France, dès qu'un animateur a 40 ans, on le met
sur une radio «de vieux» alors que son expérience est
plus forte que pour n'importe qui. Et puis, dès qu'on s'expose...
on s'expose au coup de fusil ! Dès qu'on nous met en avant, on
nous critique. Donc, si on veut être un animateur qui dure, il faut
faire du flux : du fonctionnaire de la radio. Si on veut être une
star, il faut faire du show !
Propos recueillis par Mickael
ROIX. Photos: D.R
Alex2C, animateur sur ALOUETTE
- Coulissesmedias : Quel est ton regard sur les
années FM ?
Auparavant,
la radio était peut être plus artistique que maintenant.
Selon moi, c'est un peu trop formaté un peu partout ! Dans
les années 90, des animateurs pouvaient débarquer à
n'importe quel moment dans un studio. Il y avait une place plus importante
accordée à l'improvisation qu'il n'y a plus aujourd'hui.
Resserrer les rotations en radio, c'est une question de stratégie
mais si on écoute la radio pendant plusieurs heures, on s'aperçoit
que quasiment toutes les radios diffusent les mêmes disques au même
moment. Je pense que les radios devraient prendre un peu plus de risques
sur les titres. Mais attention, je ne suis pas programmateur !
- Coulissesmedias : Est-ce essentiellement ce qui
fait fuir les auditeurs vers d'autres supports ?
- Il y a de plus en plus de jeunes qui écoutent
la musique via leur baladeur MP3 ou autre iPod. Ils se font eux-mêmes
leur programmation. C'est un risque pour la radio. C'est pour cette raison
que les radios devraient être plus audacieuses et un peu plus à
l'écoute des gens.
- Coulissesmedias : Quelles sont les idées
pour rattraper ces auditeurs qui fuient la radio ?
- Il est indispensable de leur offrir un programme de
qualité à tout moment. L'auditeur doit le remarquer pour
rester fidèle. Il doit toujours y avoir une part de magie dans
notre métier.
- Coulissesmedias : Quels sont les grands moments
de FM que tu as gardé en mémoire ?
- Le plus grand moment date de novembre 2002. Ce jour-là,
Max Guazzini était venu annoncer avec quelques larmes dans le «6/9 »
le triomphe d'NRJ puisque la radio venait de décrocher le titre
de première radio de France. C'était l'euphorie dans les
couloirs. Il y avait quelque chose d'euphorique. On planait un peu. On
avait fêté cet événement dans un restaurant
parisien et dans une boîte et j'avoue que cette soirée me
reste gravée.
Propos recueillis par Mickael
ROIX.
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