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"Lu dans la presse"

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Lu dans la presse


Notre invité : Mathieu Chevalier, rédacteur en chef de l’Auto-Journal.

Le 15 janvier dernier, l’Auto-Journal fêtait ses 60 ans. Une longévité qui rendrait jaloux de nombreuses parutions. Coulissesmédias a donné la parole à Mathieu Chevalier, rédacteur en chef du titre.

Coulissesmédias : Comment s’est développé l’Auto-Journal depuis sa naissance le 15 janvier 1950 ?

Mathieu Chevalier : L’Auto-Journal était un vrai journal qui sortait de façon hebdomadaire. A l’époque, l’objectif était de lancer un titre objectif et indépendant. Robert Hersant voulait un journal critique. C’était une première. D’autres titres existaient mais ils étaient tous à la solde des constructeurs.

Sur quels points fallait-il améliorer l’Auto-Journal ?

On est parti d’un constat très simple : l’information automobile est partout (sur Internet, dans les quotidiens, à la télévision). Elle est souvent abordée avec des idées négatives : radars, pollution, accidents... Il fallait que l’on reparle de l’automobile pour ceux qui l’apprécient. On souhaitait parler du positif, du plaisir qu’elle peut procurer. L’Auto-Journal défend l’objet automobile.


Qui lit l’Auto-Journal, des spécialistes ou s’agit-il plutôt d’une lecture loisirs ?

A son lancement, c’était un journal généraliste. Le lectorat était beaucoup plus large qu’aujourd’hui. Maintenant, je dirais que nous avons une majorité de spécialistes. L’Auto-Journal s’adresse aux amoureux de l’automobile avec des connaissances assez poussées. On reste généraliste dans nos rubriques mais on traite l’information sous un angle spécialisé.

Quel est le lien entre le titre et ses lecteurs ?

On reçoit des courriers de lecteurs qui sont abonnés depuis le premier numéro. Ils ont hérité  de cette passion lorsqu’ils avaient 20 ans. Les premières années de l’Auto-Journal les ont vraiment marqués. C’était vraiment le journal qui disait la vérité sur les modèles commercialisés. Il dévoilait aussi des scoops, notamment celui de la Citroën DS (ndlr : à l’époque l’Auto-Journal avait dévoilé la DS, 3 ans avant son annonce officielle).

Quelles sont les attentes des lecteurs ?

Ils sont assurés de trouver des essais complets et objectifs par rapport à ce que disent les constructeurs. On essaie de faire la différence sur les scoops. Par exemple celui de la DS5 (ndlr : numéro 795 du 28 janvier au 10 février 2010) qui nous permet d’aller chercher d’autres types de lecteurs.  
 

Comment se porte le marché de la presse automobile ?

On a beaucoup souffert. Sur l’année, les trois principaux titres ont perdu des lecteurs. L’Auto-Journal a enregistré une baisse de 5,3%. Le marché a fait moins 14,1 %.

Quelle est la place de votre site Internet face à la concurrence ?

Le problème de notre site, c’est que nous l’avons bâti comme si l’on avait un magazine. Dès le début des années 2000, on a essayé de valoriser la marque Auto-Journal sur Internet. Une marque d’un magazine papier sur Internet ne vaut rien du tout. Du coup nous n’avons pas une forte audience par rapport aux sites comme Caradisiac. En ce moment, on repense tout le site. Mais la plate-forme doit refléter les gênes du journal. Ce ne sera jamais un site à forte audience.

Est-ce un avantage de sortir tous les 15 jours ?

Cela nous permet de garder le recul nécessaire pour avoir un traitement en profondeur. Nous avons deux concurrents principaux : l’Automobile Magazine et Auto Moto (2 mensuels). L’Auto-Journal a l’avantage de la périodicité. On peut en proposer plus et plus régulièrement que nos concurrents. On peut jouer sur la fraicheur de l’information même si on reste derrière les sites Internet. On veut permettre à nos lecteurs de vivre l’automobile. 

Propos recueillis par Clément Imbert. 


L’Auto-Journal paraît le jeudi, une fois toutes les deux semaines. Retrouvez plus d’informations sur leur site Internet : http://www.autojournal.fr/ 
 

L’avis de l’expert :

Stanislas Grenapin, le chroniqueur automobile
d’Europe 1 : « Ce n’est plus politiquement correct de s’intéresser aux voitures ».

Chaque matin, du lundi au vendredi, Stanislas Grenapin consacre deux minutes et demie à l’automobile sur Europe 1. Coulissesmédias lui a demandé de nous donner son œil d’expert sur la nouvelle formule de l’Auto-Journal. 

Coulissesmédias : Que savez-vous du passé de l’Auto-Journal ?

Stanislas Grenapin : L’Auto-Journal a longtemps été la référence. C’était le seul journal libre. Ce titre se vendait à 600 000 exemplaires à une époque. C’est un canard historique ! La première chose qui me vient à l’esprit n’est justement pas la première. Les nouvelles formules de l’Auto-Journal tendent à se multiplier.

Comment cela peut-il s’expliquer ?

Ca dénote plein de choses. Ce genre de presse est un peu fatigué, a dû mal à se vendre. Il y a 40 ans, les petits garçons achetaient la presse automobile. Les papas aussi pour savoir quelle 404 ils allaient acheter. Cet âge d’or est terminé. Ce n’est plus politiquement correct de s’intéresser aux voitures. La presse auto paie l’ambiance actuelle de dénigrement de l’automobile. C’est assez amusant dans ce contexte de parler de la voiture de la même façon. Tu achètes l’Auto-Journal seulement si tu es un convaincu et non pas un septique. La cible est de plus en plus réduite. Ca me paraît de plus en plus curieux de faire des canards de bagnoles qui sont aussi loin de l’air du temps. Ce côté « on vous en met plein la vue ». Il est très difficile d’essayer d’épater avec des textes bien écrits mais communs. Je doute que les canards auto offrent un réel plus. J’ai l’Auto-Journal sous les yeux. Il n’y a par exemple que dix lignes de consacrées au rappel de Toyota.

Quelque chose d’autre vous a sauté aux yeux ?

Oui, cette interview d’Emmanuel Bret, le boss de Mini France. Un entretien où il ne dit pas grand chose d’ailleurs. C’est Laurent Chiapello, le rédacteur en chef du magazine d’Auto Plus qui pose les questions. Pourquoi ce rendez-vous n’est-il pas mené par une personne de l’Auto-Journal ? Auto Plus fait partie du même groupe que l’Auto-Journal (groupe Mondadori). Ca me fait penser à une voiture où on ne change que le logo mais le modèle est le même (comme l’Astra chez Opel et Vauxhall).  

Et la page zone verte, qui comme son nom l’indique, parle d’écologie, d’innovation ?

La taille d’un article de cette rubrique est aussi longue qu’un article d’Internet. Quel avantage as-tu à le payer plutôt que d’avoir l’information gratuitement sur Internet ? La presse écrite, par son statut, doit proposer de l’écrit. Elle doit donner plus de contenus, aller plus loin que le web.

Le titre est-il suffisamment critique ?

Un truc me gène : il donne leur avis mais sans faire du mal, comme tout le reste de la presse automobile d’ailleurs. Dans l’encart Quotient émotionnel (qui synthétise l’essai d’une voiture), tout le mal qu’ils pourraient avoir à dire est là. Contrairement à leurs verdicts qui sont très consensuels. Les journalistes de l’Auto-Journal sont subjectifs dans le choix des modèles mais pas dans leurs papiers. Ils ne rentrent pas dedans. Tous les canards qui parlent de mécanique sont comme ça. Ils ne se différencient pas. Qu’est-ce que l’on trouve de différent dans Action Moto par exemple ?

La presse automobile doit-elle modifier ses habitudes ?

L’appréhension de l’automobile change mais la presse spécialisée ne change pas. A notre ère, la voiture est militante. Elle est représentée par la Prius, la Logan. C’est le côté sociétal de la bagnole qui intéresse. On ne peut pas faire sans cet outil souvent. La voiture n’est pas celle inaccessible, de rêve.

Et du côté des bonnes idées ?

J’ai bien aimé la construction à l’intérieur des pages. C’est bien fait et plutôt clair. L’Auto-Journal est devenu mieux organisé avec la nouvelle formule.

Si on devait synthétiser ce que vous pensez du titre ?

Les responsables de l’Auto-Journal hésitent entre plusieurs genres : le pratique, la défense de l’auto, continuer à être ce que le titre a toujours été, le rappel de nos anciennes valeurs, faire plaisir à ceux qui aiment l’automobile, et les annonceurs… on s’y perd sérieusement. Du coup, il y en a plein partout. Le titre essaie de tout traiter. C’est carré ou fouillis et parfois il n’y a pas de cohérence.

Propos recueillis par Clément Imbert. 

La chronique de Stanislas Grenapin est disponible ici :

http://www.europe1.fr/MediaCenter/Emissions/Automobile/ 

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